| Les auberges à Marseille au XIXe Siècle |
A la croisée des chemins de Méditerranée et port de commerce depuis l'Antiquité, Marseille est une ville de passage par excellence. Et s'il est vrai que de nos jours, ce sont les grandes chaînes hôtelières qui se sont arrogé les enseignes les plus en vue, les Novotel, les Sofitel, etc., au XIXe Siècle les auberges marseillaises répondaient à des noms plus fleuris les uns que les autres. En ce temps où venir de Martigues ou de Toulon demandait toute une journée, et où il fallait inévitablement faire étape "à la ville" pour la nuit, le voyageur n'avait que l'embarras du choix. Trop sans doute, au goût de certains, car rares étaient ceux qui savaient où s'adresser pour trouver leur confort sans trop alléger leur bourse. On trouvait une nuée d'auberges autour de l'actuel Cours Belsunce, autrefois appelé plus simplement le "Cours". Du temps de la Révolution, il n'était encore qu'une allée d'arbustes et de fontaines cernée d'hôtels particuliers. Ceux-ci devinrent souvent des auberges luxueuses, proches de l'entrée de la ville à la Porte d'Aix, de la gare juchée sur sa butte, ainsi que du Vieux-Port. C'est dans le quartier Belsunce et vers la Bourse, entre l'actuelle Rue Bernard Dubois, les Capucines, la Rue Noailles, la Canebière, l'angle du Vieux-Port et la Butte des Carmes, qu'on trouvait la majorité des auberges. Des "Trois Mulets" à "l'Arbre de la Sainte-Baume", certaines ont donné leur nom plus ou moins directement à la rue qu'elles occupaient. Ainsi, cette dernière occupait la Rue de l'Arbre, devenue plus récemment la Rue Vincent Scotto. La Rue du Petit Saint-Jean doit également son nom à l'une des deux auberges que l'on y trouvait, la plus ancienne, et qui avait pour enseigne une petite statue de Saint-Jean-Baptiste. Celles du cours, les plus huppées, s'appelaient l'auberge des Deux Pommes, La Selle d'Or, les Deux Indes, les Trois Dauphins, et l'Auberge Neuve à l'emplacement actuel de l'Alcazar. Dans le quartier détruit où fut construit le Centre Bourse, on dénombrait quantité de ruelles généralement moins animées et bruyantes que le Cours, ce qui les rendait plus appréciables pour les voyageurs en quête de calme dans la ville en pleine expansion. On dénombrait ainsi huit établissements rien que dans la Rue Tapis-Vert, dont le très luxueux hôtel des Quatre Fils Aymon, renfermant un jardin privé agrémenté de fontaines et de jets d'eau. Avec l'expansion de la ville, une vague de nouvelles auberges et logis apparurent sur les chemins de campagne des hauteurs : du côté de la Rue d'Aubagne, les auberges du Chapeau Rouge et du Repos, et vers Notre-Dame-du-Mont et la Plaine, où se trouvait un étang et une promenade, les auberges des Trois Rois et des Trois Mages, concurrentes d'occasion, donnèrent leur nom à leur rue respective. Si l'on s'éloignait encore un peu du centre pour atteindre les rives boisées du Jarret, à la frange campagnarde du centre aux alentours de 1850, on trouvait les lieux moins fréquentés voire moins fréquentables pour les visiteurs un peu trop chic, au Cheval Marin, à l'auberge de la Bonne Mère ou à la Cloche d'Or. Et près du moulin de la Vilette, l'ambiance des tavernes était plutôt à la fête... Devant un tel choix, mieux valait être bien aiguillé ; car à l'époque déjà, le visiteur ingénu pouvait bien payer plus cher que de raison, lorsque, à l'écart des hôtelleries aux grands portiques encadrés d'Atlantes, la réputation de la maison souffrait peu du bouche à oreille... Pensez-vous ! A l'époque, on ne venait pas souvent de Paris à Marseille pour y faire du tourisme ! |
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