Les noms de rues à Marseille
 La Canebière vers 1900
A l'écart des grandes avenues portant fièrement les noms des Grandes Âmes et des événements de la République comme dans toutes les villes françaises, quelques rues marseillaises portent encore aujourd'hui l'appellation que leur a prêté l'imagination populaire, au gré de la coutume locale ou de quelque caractère distinctif. Mais avant de forcer le trait de la convention sur les plaques figurant à chaque angle de rue, les coins et recoins de Marseille portaient souvent des noms autrement plus fleuris, parfois étonnants d'originalité, que ce soit Trou de Moustiers, Thubaneau, ou Fontaine des Vents.

On oublie parfois que jusqu'à l'apposition de plaques portant le nom officiel des rues, l'usage n'était guère que celui de circonstance, et la toponymie vivait comme de bons mots dans le langage vernaculaire. Bien sûr, comme partout ailleurs, on baptisait certaines rues selon les commerces et fabriques que l'on y trouvait : les rues des Fabres (les forgerons) ou des Corroyeurs, les rues Lanternerie, Bonneterie, ou la rue de l'Epicerie, actuellement rue de la Loge, où l'on trouvait la plupart des commerçants en épices. La Canebière en est un exemple intéressant, puisque "canebière" signifie que c'était là que transitait le chanvre dont on faisait les tissus. Mais on trouve également, perdue entre la rue de Rome et St-Ferréol, un petit passage guère éclairé qui eut son heure de petite gloire : la rue de la Glace, où l'on stockait les réserves de glace à leur arrivée des glacières du massif de la Sainte-Baume.
Certaines cependant portaient des noms autrement plus pittoresques. Derrière le quartier du Panier, on trouve ainsi la rue Fontaine des Vents : une petite allée où le mistral s'engouffrait, emportant avec lui quantité d'eau d'une fontaine que l'on y trouvait. D'autres doivent leur nom à des histoires douteuses : la rue Caisse de Mort ou à des légendes poétiques : la rue de la Tarasque, ou celle de la Belle Marinière, jeune femme dont le destin tragique devint le thème d'une chanson populaire provençale.
Enfin, il y a les noms bien vite effacés des registres : outre le chemin du Fada, actuellement rue du Commandant Roland, la rue Pati de Farinette ("pati" signifiant cloaque en provençal) ou la rue Trou de Moustiers, ou l'eau s'écoulait dans un trou de la voirie près de la maison d'un certain Moustiers, on en trouve d'autres aux allures amusantes mais peu fières : la Carriero Ruompo-Cuou (rompe-cul) où il valait mieux être prudent par temps de pluie ou de gel ; la rue des Faisses Rouges, dont l'appellation, comme celle de la place Cul de Boeuf, sonnait mieux en provençal qu'en français... On est bien loin des prosaïques "République" ou "Libération" !
 

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