La Fontaine Cantini
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L'obélisque aux multiples dédicaces
 
  Aménagée au début du XIXe siècle, en 1809, sur un terrain offert à la ville par le Marquis de Castellane-Majastre, la

place, qui bornait alors la rue de Rome, juste à la limite de la campagne, et à qui on avait donné le nom de son donateur,

s'était vue dotée, peu après, en 1812, d'une fontaine circulaire surmontée d'un obélisque.
  

  Dédiée lors de sa construction au Roi de Rome qui venait de naître, ce monument allait, durant près d'un siecle, marquer

tout d'abord l'extrémité de la rue de Rome, puis, plus tard, servir d'entrée à l'avenue du Prado, inaugurée en 1839.

  Après la chute de Napoléon, la dédicace primitive avait éé remplacée par une nouvelle, au Duc de Bordeaux. Mais rapidement,

suivant les vicissitudes de la vie du pays, il avait fallu changer le texte. On en avait gravé un autre, à la gloire du Comte

d'Artois, puis un autre encore, en l'honneur de la révolution de Juillet, inscription qui avait été maquillée à son tour en

1860 lors de la visite à Marseille de Napoléon III.

 

 

L'offre de Monsieur J.Cantini


  Le vieil obélisque allait bientot atteindre ses cent ans lorsque, le 28 avril 1908, Monsieur Jules Cantini, marbrier

marseillais bien connu, proposa à la municipalité de faire don à la ville d'une fontaine monumentale qu'il installerait à ses

frais sur la place Castellane, afin de remplacer l'ancienne fontaine jugée peu digne de la grandeur de la cité.
  Le Conseil Municipal accepta avec enthousiasme. Un accord fut passé en octobre suivant. Courant 1909, on déménagea

l'obélisque pour le transporter et l'installer - privé de son bassin circulaire - à l'extremité de Boulevard Michelet. Apres

quoi, en décembre, furent entrepris les travaux de la nouvelle fontaine.
 
  Ils allaient durer près de deux ans.

 

  Enfin, le 22 octobre 1911, la haute palissade, qui entourait le chantier et au dessus de laquelle émergeait seulement la

grande colonne blanche surmontée de la statue de "Massilia" fut démontée, et les Marseillais purent découvrir dans son

ensemble leur nouveau monument.

 

  Il ne restait plus qu'à l'inaugurer.

 

 


12 novembre 1911, inauguration officielle


  La cérémonie se déroule le 12 novembre suivant, en présence d'une foule dense, compacte et enthousiaste. C'était un

dimanche.
  Tandis que toute circulation, y compris celle des tramways, avait été interrompue sur la place, les autorités vinrent

s'installer sur la tribune officielle aménagée à l'entrée de la rue de l'Obélisque, et, à 10h45, la Musique Municipale ouvrit

les festivités en jouant "La Marseillaise", suivie de l'"Ouverture de Guillaume Tell".
  Prenant la parole, Monsieur Cadenat, Maire de Marseille, remercia Monsieur Cantini au nom de la population, le comparant à

Crinas, ce valeureux "médecin qui avait légué sa fortune pour la remise en état des fortifications et des remparts de la

cité".
  Monsieur Cantini, tout ému, remercia à son tour, faisant l'éloge du sculpteur, Monsieur Allart "qui avait produit là une

oeuvre magistrale digne de l'époque de Puget".
  Apres quoi, on dévoila les statues ornant le socle de la colonne, et Monsieur Giraud, Directeur du Canal, s'étant

majestueusement approché d'une prise d'eau, souleva la plaque de fonte, et d'un tour de clé, fit jaillir, sou s les

applaudissements frénétiques de la foule, "gerbes d'eau, cascades et corbeilles à l'aspect féérique".

  On avait seulement compté sans le vent de Sud-Est qui soufflait avec force depuis le matin et qui, des le jaillissement des

500 jets de la couronne circulaire et des 8 gerbes de 15 mètres de hauteur, rabattit ces grandes eaux sur la Musique

Municipale impeccablement rangée à proximité, obligeant les 75 malheureux musiciens à déguerpir en vitesse en protégeant

leurs instruments, grosse caisse en tête.
  Ce qui n'empêcha pas la fontaine de fonctionner en grand toute la journée et jusqu'au soir minuit, illuminée par des

centaines d'ampoules élecrtiques multicolores mêlant leur lumière à celle des réverbères à gaz, sous les regards admiratifs

des innombrables curieux.

  Comme le prévoyait "Philos", dans la revue "Massalia", la fontaine a revetu aujourd'hui "la patine du temps". Son environnement a changé, meme si les immeubles nouvellement construit ne l'ont pas été obligatoirement "en harmonie avec l'oeuvre sculpturale". Le métro est venu creuser le sous-sol de la place de ses galeries et de ses stations, sous sol deja traversé, à l'époque, par le grand collecteur d'égout. Et la colonne demeure, septuagénaire toujours pimpante, partie intégrante du paysage.

 

 

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