Jamais de ficelle pour les fermer!
Mais c'est seulement en 1886 que les pieds et paquets font leur apparition dans un livre de cuisine: le fameux ouvrage de Clément-Marius Morard, chef de cuisine du Rosbif et secrétaire de la Société culinaire de Marseille, les Secrets de la cuisine dévoilés.
«Les pieds et paquets, c'est un peu la soupe à l'oignon du Marseillais, poursuit Bernard Loury. C'est le plat qu'on mange après la fête, à 4 heures du matin. C'est un plat d'après, pour ceux qui restent. Même si maintenant, les jeunes préfèrent boire de la bière toute la soirée et finir à la vodka avec un joint.» «Ce sont des délices d'initiés», renchérit Reine Sammut, inépuisable quand il est question de ce qu'elle appelle tendrement «mes petits paquets»: «Ce sont de petites choses minutieuses qui ressemblent à de la couture. Et on peut les faire à ce qu'on veut, assure-t-elle avant de s'interroger à haute voix: Qu'est-ce que je verrais bien dans mes petits paquets? Des légumes d'été en bohémienne avec ail, oignon et thym, tiens!» Les gens du coin, ses amis chefs ou encore les touristes aventureux: les pieds et paquets ne manquent pas de fans, chez Reine Sammut. La raison de ce succès? «Les gens n'ont plus le temps de les faire eux-mêmes.» Même si on peut acheter ses paquets tout prêts chez certains tripiers, ou en conserve (lire l'encadré), les puristes ont souvent un avis très tranché sur la question: «Moi je préfère rouler moi- même mes paquets car je sais ce que je mets dedans. Et pas de ficelle, la boutonnière», peut- on lire sur un site Internet culinaire où un long post est dédié aux pieds et paquets et les dix mille façons de les préparer. Avec quelques constantes cependant: jamais de ficelle pour fermer les paquets: ceux-ci sont roulés sur eux mêmes et passés pour moitié dans une incision pratiquée à un angle (la fameuse boutonnière) - et une cuisson très, très longue. «Mon mari les commence le lundi, pour que l'on puisse les manger le samedi, explique une Internaute. [...]Le tout mijote trois heures par jour (au minimum) jusqu'au samedi. Le feu est ajusté, au jour le jour, selon la consistance de la sauce désirée.» Ca ne plaisante pas!
«Pieds et paquets, un monument de la gastronomie provençale avec lequel il ne faut pas rigoler», résume Jupiter, un fondu de la cuisine provençale qui tient un blog, www.la-cachina.over-blog.com. Ainsi, quand «Jupi» (c'est son surnom) lit dans un livre de cuisine «pour les paquets: trois ventres d'agneaux» ou encore «Fermez les paquets de ventre avec de la ficelle», il bondit: «Demain je descends chez mon boucher et je demande: «Trois ventres d'agneaux et de la ficelle pour faire les paquets.» Vé, je vous dis pas ce qu'il va me répondre, mais pour sûr il m'escagasse pour de bon. Et pire, tout le village le saura: trois ventres d'agneaux, j'y crois pas.» Bref, les Provençaux sont chatouilleux des pieds et paquets.
MARIANNE
Bénédicte CHARLES