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On
ne comprend rien à cette ville si
l'on est indifférent à sa lumière.
Elle est palpable, même aux heures les plus brûlantes.
Quand elle oblige à baisser les yeux. Marseille est
ville de lumière. Et de vent. Ce fameux mistral qui
s'engouffre dans le haut de ses ruelles et balaie tout jusqu'à
la mer. Jusqu'au large de Pomègues et Ratonneau,
les îles du Frioul. Jusqu'après Planier, le
phare, aujourd'hui éteint, reconverti en école
de plongée, qui indiquait à tous les marins
du monde que Marseille était à portée
de main, et que ses femmes, putes ou pas, leur feraient
oublier la passion des mers et des îles lointaines.
Marseille, à dire vrai, on ne
peut l'aimer qu'ainsi, en arrivant par la mer. Au
petit matin. A cette heure où le soleil, surgissant
derrière le massif de Marseilleveyre, embrase ses
collines et redonne du rose à ses vieilles pierres......
Il suffit simplement d'arriver de Corse, en ferry, pour
renouer avec cette histoire. Ou, plus simplement encore,
de revenir d'une nuit de pêche au large de l'Estaque.
Quand la rade vous ouvre ses bras, alors, alors seulement,
on découvre le sens, éternel, de cette ville.
L'accueil. Car Marseille est faite d'ailleurs, d'exils,
et elle se donne sans résistance à ceux qui
savent la prendre, l'aimer.
Ici, on est chez soi. D'où
que l'on vienne. Et personne, jamais, ne vous demandera
d'où vous arrivez, exception faite des flics, la
nuit, sur le cours Belsunce où l'on rénove
à tour de bras, dans les rues autour de la place
de l'Opéra, et sur le cours Julien où s'est
déplacée la vie nocturne.
Jean
Claude Izzo (extrait de l'anthologie "Méditerranées")
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